"Je ne sais pas s’il y a un moyen de les contrer" : l'ASM Clermont a fait du ballon porté son arme fatale
Encore quatre essais inscrits sur ballons portés face à Castres, ce samedi (63-14). L’ASM est devenue la référence en la matière. Comment les joueurs de Clermont sont parvenus à faire du maul leur arme fatale ? Explications.
La saison dernière, le Castres Olympique avait déjà subi un sévère revers sur la pelouse du Michelin (54-10). Une défaite qui était restée dans les têtes tarnaises. Surtout du côté des avants du CO, dominés dans les grandes largeurs ce samedi de novembre 2024. Ce soir-là, l’ASM Clermont avait inscrit quatre essais sur ballons portés. Dur pour les Castrais, surtout lorsqu’on sait combien cet exercice impacte le mental des adversaires lorsqu’ils sont renversés de la sorte. « On s’est fait bouffer devant. On s’est fait emporter. Cela fait mal à l’ego… », avait alors confessé le deuxième ligne Florent Vanverberghe.
Cette semaine, le capitaine du CO et ses coéquipiers ont travaillé d’arrache-pied pour ne pas revivre un tel cauchemar. Mais c’est avec la même mine déconfite que Florent Vanverberghe s’est présenté devant la presse, ce samedi soir. Une nouvelle fois, les avants castrais ont été concassés. Une nouvelle fois, le CO a concédé quatre essais sur ballons portés.
« On n’a pas trouvé les solutions pour les contrer, souffle le capitaine. Ils ont appuyé là où ça fait mal. Ça touche l’ego. À chaud comme ça, c’est difficile de trouver les explications d’une telle supériorité. »
« Lorsque nous avons un maul, nous savons que nous allons marquer »
Comment les Clermontois sont-ils parvenus à faire de ces mauls une véritable arme fatale ? C’est la résultante d’un travail de longue haleine, répété inlassablement de semaine en semaine. L’art du ballon porté n’est pas seulement un exercice de force et de densité physique : c’est aussi une phase de jeu millimétrée, plus subtile qu'elle n’y paraît.
« Bien sûr, il faut de l’intensité et de l’énergie pour faire un maul, explique Christophe Urios. Mais ce n’est pas que cela. Sinon, c’est impossible d’être aussi clinique que ce que l’on fait. C’est la conséquence du gros travail mis en place par le secteur des avants. C’est tout le travail de Julien Laïrle. Nous ne faisons pas de grosses séances là-dessus. En revanche, nous en effectuons tout le temps, de manière très précise. Aujourd’hui, lorsque nous avons un maul, nous savons que nous allons marquer. »
olau Fainga’a, qui est aux premières loges, partage cette opinion. C’est avant tout le souci du détail de ce ballet parfaitement orchestré qui explique la force clermontoise dans le domaine des mauls. « L’entraîneur Julien Laïrle nous pousse tout le temps à être bons dans ce domaine. Et c’est justement le souci du détail qui fait que nous faisons bien le travail. »
Il suffit de regarder le match de ce samedi soir pour s’apercevoir que ce travail acharné confine à une réelle science du ballon porté, et de comprendre pourquoi il est si difficile pour les adversaires de défendre face aux Clermontois.
L’ASM varie énormément
Sur les quatre essais clermontois inscrits sur ballons portés, les Castrais avaient décidé de ne pas s’user sur le contre en touche et d’attendre les Clermontois en bas, afin de ralentir leurs mauls. Problème pour eux : les avants de l’ASM ont utilisé à chaque fois une stratégie différente et des cellules variées, en changeant les zones de saut ou même en rajoutant des hommes.
Sur le premier essai de pénalité, Alivereti Loaloa et Joris Jurand ont été intégrés à l’alignement pour prêter main-forte à leurs avants (22e). Juste avant la pause, c’est Étienne Falgoux qui fut positionné comme porteur de balle derrière le maul, un rôle habituellement tenu par le talonneur. Ce qui sera d’ailleurs le cas sur l’essai pointé par Folau Fainga’a (58e).
Sur ces trois premiers ballons portés victorieux, la zone du premier bloc de saut avait été visée sur le lancer en touche. Encore une variation sur le quatrième essai sur maul, où les Clermontois sont allés en fond de touche (61e). Sur cette action, les Castrais ont tenté de batailler dans les airs, mais le résultat fut le même, avec l’essai de Pita Gus Sowakula.
Stratégiquement, les Clermontois se sont montrés impériaux. Techniquement, ils ont été impeccables, avec des blocs de saut solides et compacts, condition sine qua non à la réussite d’un maul.
« Je ne sais pas s’il y a un moyen de les contrer, lâchait l’entraîneur du CO, Xavier Sadourny, après la rencontre. Tout le monde le sait et pourtant ils marquent quand même. Surtout quand ils évoluent dans leur stade. Ces Clermontois sont redoutables sur ces phases-là et il est très difficile de défendre. »
Terrible aveu qui en dit long sur la façon dont l’ASM Clermont a érigé le ballon porté au rang de science.