Top 14 : pourquoi la victoire bonifiée de l’ASM Clermont à Toulon pourrait être un tournant dans la saison
Une victoire (14-34), qui plus est bonifiée, à Mayol, cela n’arrive pas si souvent, y compris pour les autres formations du Top 14. Mais ce samedi soir, l’ASM Clermont a surtout frappé un grand coup au niveau de la qualité du rugby proposé. Offensivement et défensivement, ce match face au RCT fut une prestation référence.
Par Arnaud Clergue (La Montagne)
Publié le 15 février 2026 à 14h45
Christophe Urios a eu raison de féliciter, à sa façon, ses joueurs. Bien qu’à l’écart des médias pendant un mois, le technicien s’est laissé aller devant les caméras indiscrètes du diffuseur.
« Vous vous rendez compte de la différence entre ce soir (ce samedi) et la m.... que vous avez fait à Castres ? Quand vous allez revoir le match, vous allez pleurer. C’est ce standard-là que l’on doit avoir. »
Kylan Hamdaoui et Lucas Zamora peuvent exulter : ils ont réalisé un gros coup à Toulon, ce samedi soir. Le genre de match qui compte dans une saison et dans une aventure collective.
Pour le technicien, la magistrale victoire bonifiée de l’ASM à Toulon (14-34) n’a rien d’extraordinaire. Elle est simplement le reflet de ce que ses joueurs sont capables de produire. Mais quand même… Pour différentes raisons, ce succès ressemble bel et bien à un tournant dans la saison clermontoise, mais aussi dans l’aventure de ce groupe. Explications.
Parce que l’ASM a réalisé un match référence
Que ce soit Christophe Urios ou même Julien Laïrle face aux journalistes, la défaite bonifiée à Castres a été prise en exemple par rapport à la prestation de ce samedi soir. Il est intéressant de regarder les chiffres pour s’en convaincre, notamment dans la production offensive. On ne mène pas 19-0 à Mayol au bout de douze petites minutes de jeu par hasard.
26 défenseurs battus, 12 offloads, 8 breaks, 330 mètres après contact… Clermont avait du feu dans les jambes sur la pelouse de Mayol. Dans le Tarn, ce n’était pas si mauvais statistiquement (25 défenseurs battus, 10 offloads, 317 mètres après contact). Mais les offensives ne possédaient ni la même énergie ni la même dynamique (seulement 3 breaks). (empty)
À l’image du troisième essai clermontois, où les partenaires d’Harry Plummer ont remonté 80 mètres, les soutiens auvergnats se sont montrés très rapides et surtout dans le bon tempo. Le porteur de balle avait souvent une à deux solutions. Plusieurs joueurs se sont également mis au diapason. On pense notamment au centre Alivereti Loaloa, qui a enfin montré tout ce qu’il pouvait apporter offensivement.
On ne pourrait qualifier ce match de référence sans évoquer une défense solide. Les Clermontois ont dressé les barbelés lorsque le RCT a réagi après la pause. Les hommes de Christophe Urios ont subi quelques vagues et les digues n’ont rompu qu’une seule fois en deuxième mi-temps (essai de Dany Priso à la 45e).
Dans le dernier quart d’heure, ils ont su contrer l’alignement toulonnais grâce à Rob Simmons et Anthime Hemery, privant ainsi le RCT de munitions décisives. Avec 86 % de réussite aux plaquages, ces Clermontois se sont montrés solides dans les moments clés.
« Il y a plein de points positifs dans ce match et cela peut être, bien sûr, fondateur pour la suite, s’exprime Anthime Hemery, le troisième ligne de l'ASM. Offensivement comme défensivement en deuxième mi-temps, il y a beaucoup d’enseignements à retenir. Il faut continuer sur cette lancée et travailler encore et encore. »
Parce que c’est une bonne opération au classement
Christophe Urios nous l’avait expliqué il y a quelques semaines : il table sur un pécule de 65 points pour espérer se qualifier. À neuf matchs de la fin et après ce succès bonifié, l’ASM en compte 46. Si les prédictions du manager sont justes, il en resterait donc 19 à glaner pour décrocher l’un des précieux sésames.
Avec cinq réceptions (Bayonne, Montpellier, Lyon, l’USAP et le Racing), dont deux consécutives à venir (Bayonne le 28 février et Montpellier le 21 mars), c’est largement jouable pour les Clermontois s’ils restent sérieux à domicile.
À l’extérieur, ce devrait être plus compliqué avec quatre déplacements chez des cadors (Stade Français, Toulouse, Pau et l’UBB). Cette 17e journée a également permis d’y voir plus clair. Des équipes comme La Rochelle ou Bayonne semblent désormais un peu éloignées de la lutte pour le top 6.
Parce que Toulon...
Clermont est bien placé pour le savoir : gagner à Toulon est une performance loin d’être anodine, surtout à Mayol. Si l’ASM avait battu le RCT au Vélodrome en avril 2016, le club auvergnat n’avait en revanche plus gagné sur la Rade depuis quinze ans (0-17 en septembre 2011).
Globalement, il est très difficile de s’imposer à Toulon. Avant le cinglant revers de ce samedi soir, les hommes de Pierre Mignoni n’avaient plus mordu la poussière à domicile en Top 14 depuis 20 mois.
Ce succès bonifié permet aussi à Clermont de prendre des points face à un concurrent direct à la qualification. Avec le succès acquis au match aller (27-10), l’ASM aura donc accumulé neuf points face au RCT sans en concéder un seul. Au moment de faire les comptes en fin de saison, cela comptera forcément.